Les déchetteries collectent un volume important de « déchets verts » qui représente un coût élevé pour la collectivité en transport et en traitement. Aujourd'hui ces déchets sont la plupart du temps broyés et compostés dans des plateformes dédiées, parfois situées dans des exploitations agricoles. D'un point de vue énergétique, ces déchets pourraient être bien mieux valorisés si on séparait à la source :

  • la fraction ligneuse (bois = 10 % du total) pour l'envoyer en chaufferie
  • les parties vertes (tontes de gazon et feuillages = 90 % du total) qui peuvent être valorisées dans un process de méthanisation.

Afin d'évaluer les conditions de développement du bois énergie issu des déchets verts, nous avons pris contact avec plusieurs déchetteries de Seine-Maritime.

Voici le fonctionnement adopté par les collectivités rencontrées :

Communauté de communes du Bosc d'Eawy


déchets vertsCette petite communauté de communes de 7 500 habitants possède deux déchetteries et reçoit environ 1 000 t / an de déchets verts. Sur ce total, la collectivité estime à 20 % (soit 200 tonnes) la part de bois exploitable. Nous allons suivre les volumes valorisés sur l'année 2015 afin de vérifier cette hypothèse. Depuis peu, la déchetterie de Bosc-le-Hard, qui dispose de plus d'espace, expérimente la séparation du bois afin de diminuer les coûts sur le traitement de cette part. La première session de déchiquetage réalisée par la CUMA Haies'nergie & territoires a été un succès. Le bois est de bonne qualité et pourra être livré dans l'une des petites chaufferies au bois déchiqueté du Pays de Bray.
Le différentiel de coût de traitement pour cette partie ligneuse est à l'avantage de ce nouveau débouché. En effet, jusqu'à maintenant, les marché publics du transport et du traitement revenaient en moyenne à 37 € / tonne de déchet vert. Le nouveau contrat avec déchiquetage sur place et valorisation en circuit court revient à la communauté de commune à environ 10 € / tonne de bois.
Toutefois, les conditions qui rendent possible cette opération sont :

  • un espace important dans la déchetterie pour pouvoir stocker les branchages,
  • la proximité d'une plateforme agricole de stockage de bois déchiqueté
  • un suivi strict des usagers qui apportent leurs déchets pour qu'ils séparent bien les branches des autres déchets verts.

Remarque : La communauté de communes a mis en place un système de valorisation des tailles de Thuya par l'entreprise SNPM qui les évacue gratuitement pour en extraire des huiles essentielles.

Déchetterie de la communauté de commune de la région d'Yvetot


La communauté de communes de 23 000 habitants reçoit 7000 tonnes de déchets verts issus d'une  déchetterie et de 5 plateformes d'apport volontaire. Le marché passé avec l'entreprise Collecti'vert (Sainte Marie des champs) est assuré au prix de 23 € / tonne (chargement et transport inclus). Le bois d'élagage peut être séparé des déchets verts en hiver mais pas en été. Collecti'vert fait le tri après compostage et retire environ 10 % de bois déchiqueté à destination de Linex et de la chapelle d'Arblay. Le coût de traitement assez faible s'explique par deux raisons :

  • une relative proximité des lieux de traitement et de valorisation
  • un fonctionnement en vrac (et non en benne) qui permet de charger des semi-remorques de 90 m³ au lieu de bennes de 30 m³, mal remplies par les usagers.

Déchetteries du SMEDAR

Le SMEDAR est chargé du traitement des déchets verts de l'ensemble des 20 déchetteries de l'arrondissement de Rouen. 610 000 habitants sont concernés et 70000 tonnes de déchets verts sont collectées chaque année. Sur ce total :

  • 55 000 tonnes de déchets verts sont traités en compostage sur deux plateformes (Cléon et Saint-Jean-du-Cardonnay) pour produire 21 000 tonnes de compost et 5 000 tonnes de biomasse ligneuse séparée par criblage après compostage. Le coût de traitement, sans compter les charges de transport, est de 38 € / t. La partie ligneuse est vendue au SETOM pour le réseau de chauffage d'Evreux.
  • 15 000 tonnes de déchets verts sont sous-traités à 3 entreprises : Terralis, Ecosys et Fertivert.

Les essais de tri entre bois et parties vertes à la source ne sont pas concluants pour l'instant. En effet, en été, les tontes sont souvent mélangées au bois ce qui complique la valorisation du bois en chaufferie. Par ailleurs, des plastiques sont présents dans les tontes d'herbe ce qui rend difficile  leur valorisation en méthaniseur.

SARL Dumoulin pour la CVS (communauté de communes Caux Vallée de Seine)


La SARL Dumoulin traite 10 000 tonnes de déchets verts issus de 3 plateformes de la CVS (67 000 habitants). Elle espère pouvoir récupérer 1 000 tonnes de bois par criblage. Le coût de la prestation de transport + traitement est de 28 € / tonne.

CONDITIONS D'OPTIMISATION

déchetterieDe manière générale, et dans la mesure du possible, l'objectif reste la limitation des volumes de déchets verts à la source. Sur ce principe, la mise à disposition de composteurs individuels par les collectivités limite un peu les volumes.
Il faut également constater que le potentiel de bois de récupération est relativement faible par rapport aux autres sources de bois énergie. Toutefois, cela représente quand même un potentiel énergétique à valoriser et une source d'économie en coût de traitement pour la collectivité.
Les leviers de développement à chaque étape sont les suivants :

Le tri


Le process idéal serait une séparation du bois et des déchets verts à la source mais on constate dans les faits que la place manque très souvent sur les déchetteries. De plus, le contexte général d'un tri toujours plus sélectif induit une multiplication des catégories de collecte et donc une augmentation de la place nécessaire. Ensuite la sélectivité du tri implique une formation des personnels et des usagers ainsi qu'un suivi rigoureux des dépôts en déchetterie. Malgré les essais réalisés, il semble difficile de surveiller correctement les dépôts en période d'affluence. Ainsi il semble possible de séparer le bois des déchets verts à la source en hiver mais presque impossible en été à cause, notamment, du mélange avec les tontes d'herbe. En l'absence de séparation, le bois doit être séparé par criblage après compostage. Cela induit un bois de moins bonne qualité, réservé à une combustion en chaufferie industrielle et donc une valorisation économique moindre.

Le transport


Le poste de charge transport peut être quasi nul lorsque le traitement se fait à proximité de la déchetterie et monter jusqu'à un prix supérieur au coût de traitement lorsque les distances sont importantes. Les exemples étudiés montrent que le dépôt en vrac et la reprise en camion semi-remorque (90 m3) représentent une grande source d'économie par rapport à un système de bennes amplirolle (30 m3) mais demande plus de place dans la déchetterie. Enfin, la question du niveau de service à apporter aux usagers se pose : la diminution du nombre de déchetteries permet d'importantes économies d'échelle mais diminue la qualité de service aux usagers qui doivent faire des déplacements plus longs.

La valorisation


Le schéma de valorisation dépend de la qualité du bois qui dépend elle-même de la qualité du tri entre bois et déchets verts et de la place disponible en déchetterie. Un tri en amont, lorsque c'est possible, et une valorisation en petite chaufferie communale de proximité semblent être un schéma performant économiquement, notamment par les économies réalisées sur le poste transport et la meilleure valorisation économique du bois.